12 avril, 23h05.

Je ressens une très légère douleur dans le bas-ventre, peut-être que finalement...

14 avril.

Premier rendez-vous de contrôle. Il faut impérativement se présenter au service de l’hôpital entre 7h00 et 8h30 et première arrivée, première servie. Il ne faut pas oublier son dossier, surtout. Il faut inscrire son nom sur la liste d’arrivée, s’asseoir et attendre son tour. Et mieux vaut apporter de la lecture pour patienter car il n’y a rien, ou si peu. L'étage étant en travaux, tout n’est pas encore bien rôdé question accueil. Certaines dégainent le smartphone pour aller sur facebook ou pour écouter de la musique au casque. Une ou deux femmes arrivent avec leur compagnons et moi tout d'un coup je flippe:

 

 qu’est-ce que je fous ici moi?


Je me retrouve au coté de femmes qui suivent la même procédure médicale que moi mais elles, elles sont là pour essayer de faire un enfant. Je me sens un peu intruse, pas à ma place, hors catégorie et pourtant j’ai conscience de la responsabilité qui m’incombe. L’animal rare que je suis a envie de dire haut et fort qui elle est et pourquoi elle est là. Mais on n'est pas là pour se faire applaudir ou pour chercher une quelconque reconnaissance, je ne dois jamais oublier que mon statut de donneuse m'oblige à rester dans l'anonymat, je ne suis pas là pour faire un enfant, je suis là pour peut-être permettre à quelqu’un à faire un enfant, l’idée n’est pas évidente à concevoir et la nuance est grande. Mais en ce matin frais et à peine levé, nos histoires respectives restent de coté, elles doivent laisser place à la procédure et à l’expertise médicale qui fait autorité. Nous devons être concentrées, disciplinées, réactives et prête à parer à toute éventualité, garder l’oreille attentive quand nous seront appelées par l'infirmière,

 

nous devrons être
de bons soldats.

Puis vient mon tour. C'est le médecin référant qui m'accueille, c'est rassurant. Il faut rentrer, se déshabiller rapidement, retirer sa culotte, s'allonger, respirer puis écarter les jambes pour la sonde endo-vaginale, tu respire, tu regarde le plafond pendant qu'elle, elle regarde au fond de toi. Et là, je ressens un truc bizarre: Putain, j'ai un oeil dans le vagin. De cet instant, peu de choses me reviennent mais ces deux chiffres finalement annoncés par le médecin devant l'écran de contrôle  me restent en mémoire: 

 

6 à gauche, 2 à droite.

 

Pas terrible selon moi. D’autres follicules primaires vont peut-être se développer mais je n’y cois pas trop. Certes, c'est déjà bien mais au fond, je me dis que c’est vraiment peu et sur le tas, on ne sais même pas ce qui sera viable pour partir chez une potentielle receveuse. À mon avis, il y en aura moins de 5, je ne m’attendais pas à plus. Ni réjouie ni déçues, c’est juste la réalité qui semble se confirmer encore une fois par les chiffres et je ne me fais pas d’illusion, je ne pourrais sans doute pas en garder pour moi*. J’évite d’y penser, tout ce qui m’importe, là, maintenant, c’est de faire grossir les quelques oeufs que j’ai dans le ventre pour qu’ils soient confiés à une femme. Aller au bout de la procédure, relever ce challenge qui me tient au corps depuis tout ce temps, il n'y a que ça qui compte.

J'ai peu de follicules. Mais surtout, leur développement semble plus lent que la moyenne aussi, le médecin décide d'augmenter les doses de gonadotrophine: de 300 unités/jour, je passe à 400. J'accueille son annonce avec anxiété, j'ai peur que mon corps réagisse mal (on ne sait jamais avec lui), je ne peux plus revenir en arrière et tout arrêter là...Non, y'a pas, il faut continuer. Je suis un cheval de course dopé aux hormones et ces doses importantes ne sont que la conséquence inévitable de mon AMH abaissé, c'était une possibilité que j'avais imaginé mais c'est toujours chiant quand ça arrive en vrai. Je me rhabille, elle me fait une nouvelle prescription, il me faut retourner à la pharmacie récupérer d'autres stylos. Finalement, j'ai franchi la première étape, je suis encore là. Cool.

*Après un don d'ovocytes, les femmes nullipares, peuvent, si et seulement si leur corps a produit plus de 5 ovocytes matures (qui seront transmis à une femmes receveuse), garder les autres oeufs qui seront ensuite vitrifiés pour elles-mêmes. Voir le détail de l'arrêté ministériel de décembre 2015.

6 à gauche, 2 à droite.

15 avril (Je suis plus sûre de la date exacte...)

Je souffre comme un chien, la migraine... J’avais presque oublié à quelle point ça fait mal. Et les nausées qui vont avec, envie de gerber mais ça ne sort pas. Garder la tête bien droite, ne surtout pas se pencher encore moins pleurer de douleurs, ça empire les choses. Même si j'ai mal à crever, surtout parce que j'ai mal à crever,   j'écris, j'écris pour me souvenir de cette douleur, cette douleurs que je supporte (pour une autre), qu'elle serve enfin à quelque chose cette saloperie, qu'elles ne finisse pas bêtement au fond des toilettes pour une fois.

16 avril.

J’ai des oeufs qui poussent dans le ventre, des oeufs microscopiques. Pas beaucoup. 6 à gauche, 2 à droite.

C’est tout et c'est peu. Mais j’ai l’espoir que dans le tas, il y en aura au moins un ou deux assez matures pour peut-être aller chez quelqu’un. Mais c’est si peu…Que peut-on bien faire avec 1 ou 2 pauvres ovocytes même mûres? Tout cela m’attriste. D’autant plus qu’en décembre dernier, j’en avait 4 à gauche et 7 à droite. Et là, sous traitement, un traitement qui coûte cher en plus, mon ventre ne produit QUE 8 follicules. Beaucoup de temps, d’énergie et d’argent public dépensé pour si peu, parfois, oui,  il y a des moments comme ça où je doute et je me dis “à quoi bon ?” Mais au final, ce quelque chose, cet indéfinissable chose me tient, me tient aux tripes alors, on ira jusqu’au bout. De toute manière, le processus est maintenant enclenché. Il faut juste continuer à être

Vigilante et confiante

Les jours passent, je me transperce le corps de deux petits trous, un jour la cuisse, un jour le ventre. Heureusement que les aiguilles me font de plus en plus mal et que ça saigne légèrement sinon, j’en viendrais à douter de la réalité. Parfois même, je suis obligée de pincer ma peau à l'endroit de la piqûre pour voir un tout petit point de sang sortir et être sûr que tout cela est vrai. 

Je vais

me réveiller

et tout cela n’aura pas eu lieu?

Partie 1

Partie 2

Partie 3

BellyWesternProject - 2015-2019.

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