12 avril.

je commence à me dire si ce que je fais en ce moment as t-il vraiment un sens. Je vois mes cuisses et mon ventre se couvrir de petits trous discrets et légèrement rouges, jour après jour, je perce ma peau avec une aiguille dans le but de m’administrer des médicaments pour augmenter ma fertilité, c’est très étrange. Je ne sens presque rien, pas de symptôme, pas de gonflements, pas de douleurs, à part peut-être celle des aiguilles quotidiennes qui percent ma peau.

 

...

 

Le premier jour fut comme un vertige, un véritable saut dans le vide, une grande respiration, le corps tout entier comme décollé du sol, décollée de moi-même. Bizarrement, cette première injection ne fut pas douloureuse, l’aiguille est rentrée dans ma cuisse droite comme dans du beurre. Mais les jours passants, je ressens de plus en plus le percement de l’aiguille, comme si je me rendais compte, comme si tout devenait de plus en plus réel, froid, comme si l’apesanteur s’amenuisait, comme si mes pieds, jour après jours rejoignaient le sol de la réalité. Les seringues vides s’accumulent, les aiguilles usagées aussi, en attendant de savoir quoi en faire à la fin. Mais quand est-ce que ça sera la fin? La fin de quoi au juste? Peut-être après-demain, lors du premier rendez-vous de contrôle, peut-être que ce jour-là on me dira qu’il n’y a rien, que malgré les injections, malgré tout ce temps passé, malgré toute la volonté du monde, malgré tout ce travail, tout ces risques pris, malgré tout cela, et bien, non, il n’y a rien, rien ne se sera passé. Et personne n’y pourra rien. Personne ne sera responsable, la nature aura eu ses raisons, et c’est tout. Il n’y aura sans doute rien derrière, il faudra alors que je sois bien consciente de cette possibilité. 

Je ne sais pas si je me rends bien compte. Non, je ne veux pas me rendre compte. Je sais mais je ne veux pas me rendre compte, mon corps ne veut pas se rendre compte. Il accepte. Il accueille tant bien que (ce) mal que je lui administre. Je ne sens pas de réaction de sa part, je ne sens rien et c'est bien ce qui m'angoisse. Maintenant que tout semble apaisé, que je n'ai pas de symptôme, j'ai le sentiment que tout m'échappe. Je ne ressens rien et précisément, ça m' inquiète. Est-ce le signe que le traitement ne fait pas effet sur moi ? Que malgré les doses importantes, ma machine refuse de démarrer ? je ne sens, je ne sais. Rien.

 

Une chose importante
est peut-être en train
de se passer dans mon corps
et je suis parfaitement
incapable de le savoir.

 

Je ne sens rien. Je ne sens rien à part cette très légère sensation de chaleur lorsque je m'injecte le second produit, au moins, ça confirme que le médicament est bien dans mon corps. J'envierais presque ces femmes comme E. qui racontent avoir eu, elles,  tout un tas de symptômes et de désagréments physiques. Moi, rien de tout ça, même pas une petite sensation de pesanteur, rien. Alors oui, je m'inquiète, si je n'ai pas de symptôme, cela veut sans doute dire que le traitement ne fait pas effet sur moi. J'arrêtes de flipper. Après-demain, second rendez-vous de contrôle, on en saura plus. Pour le moment, je garde mes seringues vides et mes aiguilles usagées dans une boite telles les douilles encore chaudes qui ont servi à tenter de gagner une bataille sur un front invisible et secret.


 

En attendant,
je couve,

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