6 avril, le soir.

Vers 21h30, je les sens arriver de loin.

 MES RÈGLES VONT ENFIN
SERVIR À QUELQUE CHOSE.
 

 

 

Vers 22h55, j'envois un mail aux infirmières AMP pour les informer de l'arrivée des règles.

7 avril, règles, J+2.

 

Le lendemain matin, je reçois leur réponse  qui me confirme que je peux commencer le protocole de stimulation ovarienne alors, dès l'ouverture, je vais à la pharmacie du centre commerciale où j'ai l'habitude d'aller et prescription en main, je précise que ce n'est pas pour une FIV mais pour faire un don d'ovocytes, à noter, la situation singulière où je viens chercher des médicaments pour être fertile MAIS PAS pour être enceinte. Après quelques instants, le pharmacien revient avec une grosse boite rectangulaire et d'autres plus petites. Le moment est presque solennel, je sens que j'ai entre les mains le début du reste de ma vie. Il m'explique qu'ils n'a pas assez de boites et qu'il sera livré dans l’après-midi mais que j’ai assez pour faire la première injection ce soir et demain, je devrais repasser chercher le reste après 17h.

 

De retour chez moi, j’ouvre la boite de Gonal-F pour voir à quoi ça ressemble et je lis la notice, complexe. Et flippant quand on n'y connait rien. Dedans, un petit livret complet, un gros stylet en plastique gris et plusieurs petites aiguilles jetables sous capuchon. Je suis comme une poule devant un couteau. Je ne me souviens plus des instructions que l’infirmière m'a donné le 23 mars dernier, elles se sont perdu dans le flot d’informations de cette journée angoissante et je ne suis pas sûre de moi. Heureusement, j'ai regardé quelques tutos sur Youtube qui expliquent comme se piquer et ça va le faire, il le faut donc je vais y arriver. Je referme la boite et la mets en bas du frigo, je pose les autres petites boites sur la cheminée au-dessus de laquelle sont déjà scotchés tout les papiers: ma prescription, la photocopie de la prescription soulignée, surlignée en rouge, en fluo, fléchée, re-fléchée, mes notes manuscrites et pour finir, j'ai mis une alarme quotidienne pour 18h sur mon téléphone pour ne pas oublier de me piquer, armée jusqu'aux dents, le poste de commandement est fin prêt.

 

Au fur et à mesure que les heures défilent, la pression s'intensifie sous mon crâne, je suis une grande fille raisonnable(?), je vais y arriver, il ne faut pas se tromper, IL NE FAUT PAS SE TROMPER.

L’expérience que je vis 
est en train de faire

celle que je ne suis pas encore.

18h15.

 

Il va falloir oeuvrer. Je me regarde en train de préparer le matériel dans la salle de bain et je me dis: Tout cela est absurde, ces produits chimiques inconnus, ces médicaments alors que je ne suis même pas malade, le prix exorbitant de ce traitement que je n'ai même pas eu à payer, est-ce bien raisonnable? Est-ce que ce que je m'apprête à faire a-t-il vraiment un sens? Ne suis-je pas en train de mettre ma santé en jeu bêtement?

 

Je ne pense plus à rien, je dois oeuvrer. Je m'installe, opération Gonal-F 300 unités enclenchée. Je m'assois sur un tabouret, j’ai préparé du coton et l’alcool à 90° achetée ce matin , je ne peux pas être plus concentrée qu’à cet instant. Seule au monde et attentive au moindre bruit, je manipule le stylet avec d’infinies précautions. J’enlève le capuchon, je tourne la mollette du haut pour avoir la bonne dose, je ne dois pas me tromper, 300 unités, pas plus pas moins, sur un stylet contenant 900 unités, c’est relativement simple, j’ai de la chance. J’ouvre l’opercule d’une des petites aiguilles à usage unique contenue dans la boite, je la visse doucement sur le stylet. Je désinfecte une petite partie du haut de ma cuisse, je respire profondément, le coeur bouillant de pression, maintenant, il faut y aller, impossible de reculer, je crois que je n'ai plus peur tellement il faut y aller,

IL FAUT Y ALLER.

 

Je retiens ma respiration, j'hésite un peu, il ne faut pas. Et puis j'y vais, je plonge. Je transperce ma peau épaisse avec la fine aiguille, elle est si fine et souple que j’ai peur qu’elle casse mais elle perce ma cuisse aisément, comme du beurre. L'opération délicate n'est pas terminée, il faut maintenant injecter le produit : j’appuis alors avec mon pouce sur le haut du stylet, ma main tremble, je suis crispée, le stylet penche, je vois l'aiguille se torde légèrement, non de dieu l’aiguille... mais elle résiste bien, j'appuis, le niveau du produit descend, instant terminal, tipping point, ça y est ! Je pouce encore jusqu’à voir enfin le zéro affiché. Je ne respire toujours pas, je ne bouge plus, le stylet planté dans la cuisse, je dois attendre encore dix secondes que le produit s’infiltre bien sous ma peau. Je compte, j’égraine dans ma tête, un..., deux..., trois..., je retire l'aiguille délicatement. Je respire enfin, inspirant comme jamais, si près de la noyade. Dans ma cuisse, je ne sens rien, pas de douleurs, pas de sensation de brûlure, juste un petit point rouge à l’endroit de l’injection que j’essuie soigneusement à l’aide du coton imbibé d’alcool. La tension retombe. Je reboutonne mon fute et range les munitions jusqu'à la seconde attaque prévue demain, même heure.

Et, de la salle de bain,
j'entends la radio 
laissée en streaming sur l'ordinateur,
l'émission est en direct,
je tends l'oreille
ET JE JURE QUE C'EST VRAI:

11 avril, cinquième jour d'injection.

 

Première injection d'Orgalutran 0,25 mg que j'ajoute à celle de Gonal-F 900.

...

Les jours passent et se ressemblent, je m’enhardis et commence à prendre le coup de main, je vide un stylo de Gonal-F, entame un second, je gave mon corps d’hormones, cette situation est déraisonnable et absolument anormale, 

si je racontais

ce que je suis en train de faire,
on me dirait que je suis

inconsciente
(Peut-être que je le suis...)

Partie 1

Partie 2

Partie 3

BellyWesternProject - 2015-2019.

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