1 avril.

Courrier reçu par la poste courant avril.

5 avril.

Ce matin, le téléphone sonne. Je n'aime pas le téléphone de manière générale, trop frontal.

Je me lève, enfile un gilet de laine et prends l'appareil qui continu de sonner sur la cheminée. Le numéro ne s'affiche pas, "privé", je connais pas, j'hésite à décrocher. Le médecin référent avait dit que si les résultats étaient bons, elle n'appellerai pas et pourtant, ça sonne. C'est elle, je ne sais pas pourquoi mais je sens que c'est elle, je décroche. Je reconnais sa voix, le coeur foudroyé par la peur, j'attends la sentence... qui ne vient pas. Contre toute attente, elle me dis tranquillement que tout va bien, qu'elle avait un peu de temps devant elle et que finalement elle souhaitait m'appeler directement pour me rassurer. Certes mais y'a de quoi tomber cardiaque! Ma tête tourne et j'ai comme une légère envie de vomir mais en effet, je suis rassurée.

 

En écoutant le médecin parler et me confirmer que tout allait bien, que l'on pouvait continuer, je ne pensais plus à moi, je pensais à ma soeur, à son chromosome x qui n'était pas fragile, que c'était un grand soulagement, que nous étions, elle et moi en bonne santé et qu'elle pourra un jour avoir des enfants si elle le souhaite. De toute façon, je crois que je n'aurais pas pu assumer ce fardeau consistant à ne pas informer ma soeur sur le fait qu'elle aussi puisse être porteuse de cette saloperie, être obligée de garder le silence pour ne pas l'effrayer, pour ne pas risquer de bousiller sa vie, je ne l'aurais pas supporté. 

6 avril, 15h31.

Et ces règles qui ne viennent pas. Deux plaquettes de pilules consécutives, j’espère que ça ne va pas dérégler la machine. J’ai tout bien compté, mis une alarme pour ne pas oublier ma pilule chaque soir, mon corps ne m’appartient pas, il faut être vigilante, toujours vigilante, je suis fatiguée d’être une femme. Arriver presque au bout du processus, n’attendre qu’elles, n’attendre que mon sang pour pouvoir avancer et ne pas sentir ce qu’il se passe ou pas dans mon ventre, être incapable de prévoir, de savoir vraiment ce qu’il se trame entre mes lambeaux internes, dans ma propre chair, 

JE SUIS FATIGUÉE D'ÊTRE UNE FEMME.

 

 

19h19.
 

Toujours rien. J'ai bien compté, la dernière fois, elle sont arrivées 4 jours après le dernier cachet et là, rien, toujours rien, ça m'inquiète. Pourquoi elles ne viennent pas ? Deux plaquettes coup sur coup, je savais que ça allait faire des vagues.

Pourquoi ne viennent-elles pas ?

Où sont mes règles,

où sont-elles passées?

M'ont-elles abandonnées?

 

Nous somme le 6 avril, je devrais logiquement les avoir aujourd'hui et toujours rien. 

Et moi, je reste seule avec mes questions, personne ne peut m'aider ce soir. Je ne peux même pas aller voir par moi-même dans mon utérus pourquoi elles ne viennent pas. Et comme je n'ai aucun moyens de savoir, j'en suis réduite à attendre que quelque chose que je ne maitrise pas se déclenche dans mon propre corps. Attendre, ne rien faire qu'attendre. Et écrire cette attente, je ne sais faire que ça en ce moment, écrire ce qui me passe par la tête, écrire ce que je ressens, ce que je vois, ce que je perçois et ce qui m’intrigue. Tant que ça coule, j'écris, en attendant que le sang coule, j'écris,

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Partie 2

Partie 3

BellyWesternProject - 2015-2019.

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