24 mars, le matin.

Si le monde savait ce qui se trame dans ma tête, 

s’il voyait les vagues s’écraser contre les parois de mon crâne 

s’il entendait les grondements lointains, 

s’il sentait les petites larmes perler sur mes joues.

Le sentiment que mon ventre fuit, que mes oeufs s’échappent, 

s’écoulent à travers une faille invisible et indéfinissable et que je ne peut rien y faire.

...

Attendre, patienter, je ne peux de toute façon rien faire d’autre qu’attendre une réponse de l’hôpital. Quelle qu’elle soit, je suis là, j’écris ces mots, j’aligne mes pensées, mes sentiments en grappe, j’essaie tant bien que mal de transcrire ce que je ressens, là, maintenant, dans l’attente, comme si ma tête s’était transformé en salle d’attente, j’attend dans ma tête. Et j’écris, je tape au gré des sentiments qui traversent mon cerveau, pour ne pas oublier, le clavier à la disposition des mots qui tombent les uns après les autres. Donner du sens, donner de la vie, 

j'accumule.

25 mars.

Aujourd'hui, c'est le jour de l'Annonciation.

On sème des graines et parfois, cela donne des bébés, parfois autre chose. Les gestations du mondes sont multiples, autre mais génitrices et mères tout de même. Que faire aujourd’hui ? Quoi penser? Je sais désormais. Je sais et je prends cette responsabilité de savoir. Je sais  qu’il me sera peut-être compliqué de faire un enfant. Et en même temps, je pense qu’il y a une différence entre “faire” un enfant et “avoir” un enfant. Les faire et les avoir… c’est vrai qu’on ne leur demande pas leur avis. La parenté est quelque chose de bien complexe. Ne pas en avoir et finalement apprendre qu’on ne pourra peut-être pas en avoir (même si moi, je n'en veux pas pour le moment ou pour toujours, qu'est ce que j'en sais) est en effet un risque à prendre lorsqu’on s’engage dans un projet comme le don d’ovocytes, surtout lorsqu’on a pas d'enfant justement. Et c’est pour cette raison qu’il faut absolument que les jeunes femmes qui souhaiteraient s’investir dans cette aventure soient parfaitement informées. Elles doivent savoir qu’elles s’engagent dans quelque chose qui peut les dépasser totalement car tout est question de hasard, cela peut être compliqué à gérer psychiquement. La question de connaitre sa propre fertilité, avant même de projeter de faire un enfant, n’est pas quelque chose d’évidement à imaginer, encore moins à assumer et il est certain que chaque femme réagira de manière différente. Je suis d’avis, -ce n’est que mon point de vue personnel et il n’engage que moi-, qu’accéder à cette possibilité de savoir, d'avoir ces informations sur soi-même si on le souhaite, sur sa capacité à procréer est important, risquée certes mais fondamentale. Et en tant que femmes, nous le savons, laisser le temps passer, rester dans l’ignorance en attendant d’avoir l’envie de faire un enfant, de s'en sentir prête, oui, c’est vrai, c’est laisser faire le hasard mais il peut, on le sait se transformer en couperet parfois fatale.

Alors voilà pourquoi je me dis que, mieux vaut savoir quand on en a la possibilité et si on s’en sent la force plutôt que de se voir culpabilisé par une partie de la société qui n’oubliera pas de vous dire qu’il fallait y penser avant, que c’est de votre faute si c’est trop tard, que quelque part, vous n’avez pas mené une vie compatible avec votre tardive et désormais malencontreuse envie d’enfant. 

Mais alors,

y a t-il un modèle de vie préétabli à mener

pour avoir le droit de faire des enfants?

 

Oui, cette responsabilité de savoir sur soi-même peut faire peur, c’est même vertigineux quand on y est confronté réellement, je peux en témoigner. Mais voilà pourquoi je pense qu'il est important de s’emparer de la question. S’emparer de nos corps de femmes et d'hommes et affronter ce savoir, qui est le nôtre. J’ai le sentiment d’enfoncer une porte ouverte en disant cela mais, que nous ayons des enfants ou non, que nous souhaitons en avoir un jour ou pas du tout,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



En tant que femme, cette possibilité, cette prise de risque, cette responsabilité de savoir qui pourrait nous être offerte vaut bien plus à mes yeux que l'ignorance dans laquelle on souhaiterait nous maintenir. Oui, cela n'a absolument rien d'évident mais je pense qu'il faut s'y préparer. Et la question me semble d'autant plus importante lorsqu'on est une personne sans enfants, le décret qui nous permet depuis peu d'aider d'autres personnes à concevoir un enfant en est la preuve: le législateur, en trainant les pieds à nous accorder à nous, nullipares le droit de faire un don de gamètes, craignait sans doute de voir des volontaires perdre pieds justement, ne pas être assez armé-es pour assumer ces responsabilités. Après réflexion et tout ce temps passé, je peux maintenant le comprendre sans amertume, avant que le décret passe, je m'interrogeais moi-même sur ce point: pourquoi moi, on ne m'autorisait pas à faire un don de gamètes ? J'avais le sentiment d'être infantilisée, qu'on estimait, à ma place que je ne pouvait pas comprendre, que je n'étais pas assez solide mentalement et cela m'énervais, c'est vrai. 

Et aujourd'hui, après ces mois écoulés et l'expérience, les évènements passés plus ou moins heureux, je comprends désormais pourquoi la loi ne nous autorisait pas à faire ce geste. Cependant, je reste également convaincu que ce n'est pas parce que l'on a mis un enfant au monde, que l'on est une mère, que l'on est forcément mieux armée pour s'engager dans un don d'ovules. Ce que j'ai surtout compris au fil des mois, c'est l'intérêt qu'il faudrait porter à la question d'un accompagnement spécifique des femmes qui souhaiteraient s'engager dans une expérience humaine aussi hors norme que le don d'ovocytes car que nous soyons des personnes nullipares ou ayant fait un ou des enfants, en nous présentant de nous-même dans les cecos, en nous portant candidate pour faire cette démarche, nous acceptons les risques d'un protocole médicale long et contraignant et que nous soyons autorisées à aller au bout de ce dernier ou pas, nous avons toutes quelque chose en commun: nous nous sommes un jour engagé et cet engagement signifie que nous avons conscience de l'importance de nos cellules reproductrices et de l'intérêt que notre geste peu apporter à la communauté et à nous même. 

Et puis, je pense à ces femmes qui n'arrivent pas à faire d'enfant, à cause d'une pathologie (connue ou pas) ou d'une ménopause précoce et d'autres, qui se retrouvent sans solutions parce qu'elles se sont penchés sur la question trop tard… car oui, nous les femmes nous portons ce fardeau du temps compté, du sablier qui s'épuise dès nos premières règles. Mais faire sa vie, ça prend du temps, on n'a pas de mode d'emploi, ce n'est pas facile et si on se sent prête à faire un enfant, à croire qu'il faut d'abord avoir réussi à rassembler un tas d'ingrédients pas facile à dénicher à savoir: 
 

 

faire des choix - et les bons, 

trouver un travail - et le bon, 

se laisser aller - quand il faut, 

trouver sa moitié - et la bonne

 

et tout cela dans un temps restreint car si vous ne relevez pas le défi avant que la cloche sonne, tanpis pour vous mesdames! Comme si les choses étaient si simple(-istes). Moi, j'ai 30 ans, en ce moment, je n'ai pas de job, je suis célibataire, je ne souhaite pas avoir d'enfant, je suis en pleine procédure pour faire un don d'ovocytes, je suis une femme comme une autre. Mais je suis avant tout une femme et je sais une chose: en naissant fille, nous naissons avec cette immense responsabilité, celle d'avoir une horloge biologique collée dans le ventre, en cela, nous sommes en quelque sorte les gardiennes du temps, nous n'avons rien demandé certes mais c'est ainsi et nous ne pouvons que faire avec. 

femelles

et mâles

en tout genre,

LA fertilité 

humaine

nous concerne

tous-tes.

Nées avec des organes reproducteurs 

à l'obsolescence programmée, 

Voilà ce qui nous fait

Femmes.

Partie 1

Partie 2

Partie 3

BellyWesternProject - 2015-2019.

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