17 avril, 23h37.

J’ai hâte que ça se termine. Je ne peux pas dire que je souffre comme une martyre mais j’ai des douleurs nocturnes qui me font de plus en plus mal. Comme des petits coups de couteaux à droite. Et là, j’écris, il commence à se faire tard et justement, elles arrivent, elles sont à l'heure. Ça lance, ça pique. Ça me rappelle la clôture électrique des bêtes chez mes grands-parents quand j'étais petite, une fois, j'ai mis la main dessus pour voir, je l'ai jamais refait.

18 avril.

Second rendez-vous de contrôle à l'hôpital. Je ne sais plus si on commence par l’échographie ou la prise de sang. Je me souviens aussi qu’une partie du personnel est arrivé en retard à cause d’un problème dans les transports en commun. Etait-ce aujourd’hui ou lors du dernier rendez-vous de contrôle, je ne saurais dire... Toujours est-il que ce matin-là l’heure tourne, personne ne nous appelle, personne ne nous dit rien pendant un bon moment et c’est en tendant l’oreille que je comprends le problème des transports. On sent bien la tension monter parmi les femmes qui consultent leur téléphone avec anxiété. Moi j’ai le temps parce que je n’ai pas de boulot mais d’autres savent déjà qu’elles seront en retard au travail et elles sont sans doute en train de trouver les bons arguments ou des subterfuges pour ne pas à avoir à se justifier auprès de collègues ou d’un-e supérieur-e hiérarchique peu compréhensif-ve et je me rends compte d’une chose: Le retard du personnel hospitalier fait brusquement surgir l’intime dans le monde professionnel. Ainsi, les patientes qu’elles sont en arrivant à l’hôpital vont quelques heures plus tard rejoindre leur lieu de travail et devenir des collaboratrices mais, parce qu’elles arriveront après les autres collègues, elles seront soumises au regard suspicieux du reste de l’équipe. Et parce qu'il y a toujours un moment où, légalement, il faut justifier son retard, malgré elles, elles seront peut-être perçues non plus comme des collègues mais comme des femmes, avec un corps biologique et donc une sexualité sous-jacente. 

Le retard fait femme,
décidément.

Ce matin, c'est une autre médecin qui va pratiquer l'échographie, je ne la connais pas mais peut importe. Je rentre dans une nouvelle petite pièce que je ne connais pas non plus, je retire chaussures, manteau, pantalon, culotte et je m'allonge, jambes relevées légèrement écartées. Encore et toujours, être à l'aise avec son corps. Il faut se détendre. Oui, parce que bizarrement, on entend souvent dire que les femmes sont TENDUES, c'est marrant on se demande bien pourquoi. On ne perd pas de temps, on y va, sonde > vagin > observation: Les petits groupes de follicules ont l'air de bien pousser de chaque coté, ça prend son temps mais ça semble aller. Je me relève et me rhabille.

«Vous pouvez être fière de vous!»

 

me lance-elle à la fin. Je ne comprend pas pourquoi elle me dit ça (??) Je n'y suis pour rien, je m'injecte juste les médicaments en suivant scrupuleusement la prescription qui m'a été donnée, c'est mon corps qui décide, pas moi, je n'ai rien fait, je ne vois pas ce que la fierté vient faire là-dedans, vraiment je ne comprends pas. Je suis contente d'en être arrivée là en tant que volontaire, c'est vrai mais à cet instant, cette notion de fierté m'est parfaitement étrangère et me semble inappropriée, ce qu'elle me dis me semble à coté de la plaque, presque déplacé. Mais je ne lui en veux pas, je n'y vois qu'une manoeuvre maladroite teintée de bienveillance pour essayer de me rassurer quant au nombre restreint de follicules qui ont dénié grossir dans mes ovaires. Mais en entendant ces mots, j'ai l'impression bizarre d'être une petite fille qu'on félicite d'avoir réussit à faire ses lacets pour la première fois. Et sa réflexion me fait comprendre justement à quel point nous n'avons pas la main sur notre corps, sur la manière dont notre appareil reproducteur, cet organe obscure fonctionne, il est dans mon ventre mais c'est moi, sa transporteuse qui reste, que je le veuille ou non aveuglément guidée par son pouvoir décisionnaire autoritaire. Alors soit, si fierté il y a, je transmets donc les félicitations au principal intéressé: 

Krang au commandes de son androïde (Tortue Ninja)

Mon ventre me fait penser à Krang
dans Les Tortues Ninja.

Monsieur le dictateur,

vous pouvez être
fier de vous!

Partie 1

Partie 2

Partie 3

BellyWesternProject - 2015-2019.

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