20 février.

Je m’interroge quant à ce projet de don d’ovocytes… Je me sens dans une situation assez floue, je ne sais pas. Je me dis que peut-être j’investie trop de choses là-dedans, ai-je pris également des risques inconsidérés, je n’espère pas. Je me sens vide mais j’ai toujours l’espoir, j’y crois, encore et toujours, toute seule avec mon rêve, mon tout petit rêve fiché dans un coin perdu de ma tête, ma toute petite tête, perdue dans l’immensité hurlante du monde. Moi, je suis là, à imaginer ce qui pourrait bien se passer pour mes petits oeufs, minuscules, invisibles…Je me demande alors si tout cela est bien réel ou bien le fruit de mon imagination. Se passe-t-il quelque chose ? Va-t-il se passer quelque chose?  
Tout ça va-t-il s’arrêter? Vais-je continuer ma petite vie comme si rien de tout cela ne s’était passé? 
Comme si toutes ces questions autour de la maternité, de la procréation, de mon propre ventre, de ce qui pourrait un jour s’y passer, ce dont il est capable, tout ça n’avait finalement jamais existé?

 

En décembre dernier, une grande angoisse tombait: l'échographiste m'annonçait: "Y'a du stock..."

Mais depuis, dans cette machine qui est installée dans mon ventre et que je ne peux pas voir ni contrôler, que s’y passe t-il en ce moment ? D’un cycle à l’autre, personne ne peut prédire s'il y aura du matériel, je veux dire, des follicules exploitables, bons pour être prélevés… Peut-être que le nombre sera suffisant mais la qualité médiocre, impossible de savoir, impossible de se projeter. Je ne sais pas à quoi je dois me préparer, je ne sais même pas encore si je suis “apte au service”. Peut-être que le prochain cycle il n’y aura presque rien, ou même rien du tout. Mais moi, je veux qu’il y ai quelque chose, je ne peux me résoudre à l’annonce possible d’une fin de non-retour si près du but, si près du dénouement.

 

J’y pense. Je sais que je ne dois pas précipiter quoi que ce soit dans ma tête… Mais j’ai beau le dire, le savoir, rien n’y fait, je me sens prête. Je ne sais pas si les dernières analyses du 5 février sont bonnes, si ça se trouve, dans un laboratoire, loin d'ici, on sait déjà que finalement, il y a eu un problème quelque part et je suis déjà rayée de la liste, qui sait. Ce vide, cet inconnu, cette absence d’informations, ce “lâché dans la nature” sans savoir, sans justement savoir sur soi-même, me taraude. Mais je suis sûre de moi, j’irais le plus loin possible, je n’ai plus peur, mon corps et moi, on y arrivera, je ne sais pas où ni comment mais nous y arriverons.

...

 

Je continuerais, c’est ma volonté, ma volonté propre, que je tiens entre mes mains à moi, seule, à la marge du monde, toute petite, avec mes oeufs, cachés quelque part. C’est d’ailleurs très étrange de se dire que l’on dispose dans son propre corps d’une forme de richesse, une richesse convoitée, si convoitée qu’elle est parfois échangée contre de l’argent dans certaine contrée.

 

...

 

J’ai le sentiment d’être déjà abandonnée alors même que rien n’a commencé, n’est-ce pas une manière de me protéger en cas de diagnostic négatif ? Oui, sans doute. J’essaie tant bien que mal d’imaginer la possibilité d’une non suite. Mais dans ma tête, ça serait comme un vide, un néant dans lequel je serais projeté, où il n’y aurais plus rien derrière, plus de vie, plus de questions, plus de corps, une sidération par le vide…

 

Mais je ne vois rien, je ne peux rien voir, je dois attendre, on décidera à ma place et je ne dois pas le prendre mal si jamais je ne suis pas retenue. Mais alors après ? Et bien, rien. Il n’y a rien après.Il ne faut pas culpabiliser ni “le prendre mal” comme j’ai pu l’entendre. Mais comment se défaire d’un projet si intime, si personnel dans lequel on s’implique, comment s’impliquer, s’investir, ni trop ni pas assez…? Il faut garder un certain détachement, ne pas (trop) s’impliquer émotionellement, ne pas se projeter, mais comment ? Véritablement, je ne sais pas. Je ne sais pas quoi penser.

...

Tant de questions qui se bousculent et tout semble un peu décousu dans ma tête, je me sens un peu bête avec ce que je considère parfois comme un raisonnement de “blonde”, moi et mes interrogations naïves. Les délais d’attente pour avoir les rendez-vous avec les spécialistes du CECOS sont si longs que je n’ai pas le choix que d’attendre, patienter dans le flou et mon imagination fait le reste, je divague. Mais je garde le cap, je réfléchie, encore, prends le recul, encore, je me dis que non, tout ce raisonnement n’est pas si bête finalement.

 

Je ne connais même pas les résultats de la grande prise de sang réalisée lors du dernier rendez-vous, je ne sais pas à quoi m’attendre, à quoi je dois m’attendre. Si jamais il y a un résultat négatif sur le plan génétique, quoi faire, quoi penser ? Tout sera d’une part fini mais j’apprendrais peut-être aussi quelque chose sur moi que je ne soupçonnais même pas et qui pourrait compliquer ma vie future, qui sait…Je m’y perds. j’arrête là pour aujourd’hui. De toute façon, je n’aurais pas de réponses à mes innombrables questions avant le prochain rendez-vous. 

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Partie 2

Partie 3

BellyWesternProject - 2015-2019.

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