3 décembre, 00h41.

"Les femmes sont comme les mines d'or, 

quand les hommes ont fini de creuser, 

ils partent avec le butin".

(Pensée personnelle).

4 décembre.

Comme tous les soirs depuis le 26 novembre dernier, je prends mes deux comprimés de Duphaston avant de diner. Je ne ressens pas les douleurs prémenstruelles habituelles et comme je dois terminer les 10 jours demain, je me dis que mes règles, comme à leur habitude vont arriver d’ici lundi ou mardi, je ne m’inquiète pas et je prendrais rendez-vous dans un cabinet libéral pour faire l’échographie à ce moment-là.

Après le repas, vers 21h30, je suis occupée à chercher un bon film à regarder sur le net. Devant mon ordinateur posé sur ma table basse, j’ai tout d’un coup de  lointaines sensations au ventre. Puis, de plus en plus prégnantes et en l’espace d’à peine une heure, de vraies douleurs de règles, pas violente mais je les reconnais bien. Je n’ai pas le temps de prendre conscience de ce qui arrive que je sens quelque chose couler d'entre mes jambes. Je m’arrête, relève la tête, et....non de dieu, non ! Pas maintenant, c’est pas possible pas ce soir !!! Je me relève et cours dans la salle de bain.
C’est une véritable catastrophe, j’ai bien mes règles... Dans ma tête, c’est un drame monumental, je me mets à pleurer et à pester toute seule, c’est le week-end, comment je vais faire pour l'échographie? Comment je vais faire?

Comment je vais faire ?

Perdue, je n’en finis pas de pleurer tout mon désarroi, je ne vois aucune issue, je me dis que je vais devoir attendre le prochain cycle, en janvier prochain et pour moi c’est un désastre... Mais quelque instants plus tard, je me reprends, je retourne la question dans ma tête, je me dis que peut-être, l’hôpital pourrait me prendre demain matin en rendez-vous, ils doivent bien avoir l’habitude de ce genre de déconvenue. Je me couche en espérant que ça sera le cas. Demain, je serais déjà à J+2.

5 décembre.

Je descends au Cecos dans l’espoir d’avoir un rendez-vous le jour même mais la personne de l'accueil m'informe qu'on ne reçoit pas les patientes le samedi pour les échographie à l'hôpital, seulement en semaine. J'ai beau lui expliquer que je suis à J+2, rien à faire, elle me dit qu'il faudra revenir lundi pour prendre rendez-vous. Mais je lui répond que je serais déjà à J+4, comment je fais ?? Je n'aurais pas plus d'aide de sa part, seule et désemparée, je ressors du bâtiment avec toujours mes règles et aucune solutions. Et puis, je repense à cette liste d'adresses, celle que m'avait suggéré le médecin référent lors de notre première entrevue du 18 novembre dernier, une liste de cabinets libéraux pour réaliser des examens complémentaires. Je n'ai pas le choix, je dois absolument trouver un rendez-vous pour lundi dernier délais. Je rentre à la maison et me mets à chercher un cabinet médical dans la liste. Premier nom, premier appel: entre 100 et 135 euros la consultation. Je n'ai pas les moyens d'avancer cette somme. Deuxième appel : pas de rendez-vous possible lundi. Pas le temps de me coller toute la liste, direction Google. Requête: «échographie pelvienne secteur 1 Paris», vas-y mon grand, cherche... Ok, trouvé. Je note le numéro de téléphone et j'appelle. J'explique ma mésaventure, la personne est plus compréhensive que la dame de l'accueil tout à l'heure, ça fait du bien de se sentir entendu et surtout, comprise. Rendez-vous est pris lundi à 16h30,  il me faudra avancer tout de même le prix de la consultation: 76 euros, pas le choix. Si, celui d'attendre mon prochain cycle menstruel, prier pour avoir mes règles en semaines et prendre rendez-vous à l'hôpital public et perdre encore au minimum un mois. 

 

Finalement, la matinée se termine plus calmement et je me sens soulagée, la pression baisse enfin. Mais je réfléchie et je me dis: pourquoi n'y a-il pas des centres d'échographie publiques de garde le week-end (comme les pharmacies) pour les femmes dans ces cas-là? Aussi, je ne peux m'empêcher de penser que le rythme de fonctionnement de l'appareil reproducteur féminin ne nous ne facilite pas la vie et semble largement inadapté au rythme de la société dans laquelle nous vivons. Ou bien est-ce la société telle qu'elle est organisée qui n'est pas adaptée aux cycles féminins?  Ainsi, quand une femme doit réaliser des analyses et que pour ce faire, elle DOIT avoir ses règles un jour bien précis, est-ce de sa faute si ces dernières n'arrivent pas au bon moment, en plein week-end par exemple, quand les spécialistes sont absents? Je me dis que la culpabilité n'est jamais loin. Et dire que j'avais accepté de prendre du Duphaston pour voir mes règles arriver un jour précis dans le but justement de m'organiser... 

 

Le même jour j'écris.

Ma machine a ses raisons que j’ignore, c’est un comble. Jusqu’à quand sera-t-on clouées à notre squelette tel une croix ? Marre d’être née femme, marre marre marre saloperie de merde xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxzjquehpfisbsgerfienswfdoqesfd kqjzne.

 

Décidément, non, rien à faire, nous sommes et restons esclaves tributaires d’une machinerie interne dont la mécanique nous échappe encore largement.

 

 

Aussi, 
incapables de contrôler
toutes les subtilités
de cette boite noire

scellée dans notre ventre,
 

nous, femmes,

nous portons sur nos épaules

 

la responsabilité

de notre ignorance.

Partie 1

Partie 2

Partie 3

BellyWesternProject - 2015-2019.

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