Celles qui savent.

Je me souviens de ce qu’a  dit D., la dame de la clinique américaine: si jamais je souhaite faire un don d’ovules, compte tenu de mon point d’AMH abaissé, je risque de me voir prescrire des doses hormonales plus importantes. Les possibles effets indésirables dus aux hormones m’inquiétaient déjà un peu mais si maintenant je sais que je devrais en prendre plus que d’autres femmes, ça commence vraiment à me faire flipper. Il me faut le point de vue d’une ancienne donneuse pour être rassurée. Par l’intermédiaire de V., je contacte E. Cette femme a fait un don d’ovocytes il y a quelques temps, elle a un enfant. Je lui envois un premier mail où je lui explique que moi aussi, j’aimerais faire un don d'ovocytes et je lui demande si elle serait d’accord pour m’exposer en détails la procédure médicale qu’elle-même a suivi.

Je reçois une réponse de E. le jour même.

De E. à moi. :

 

Bonjour,

Je pense qu’à terme la loi française évoluera, sur les possibilités de don et sur la partie financière aussi car c’est un des dons qui est le plus contraignant.

Il est clair qu’il y a des risques et que les implications sont nombreuses. L’investissement en temps est important aussi, je me suis absenté de nombreuses fois du travail et après la ponction j’ai eu un arrêt de travail d’un mois à cause de complications. Cela n’a pas forcément été bien perçu, surtout que très peu de monde était au courant de la raison (...). L’AMH est une donnée mais elle ne fait pas tout, il me semble que la mienne était élevée mais au final mon nombre d’ovocytes au don pas si exceptionnel... Cela dépend de tellement d’éléments qu’il est difficile de prévoir. Il pourrait être intéressant pour vous d’en discuter avec un gynéco qui a déjà suivi des stimulations... la fertilité c’est très complexe et de votre capacité à avoir des enfants dépend aussi du père!

Une amie a réussi à donner ses ovocytes aussi mais a dû se faire enlever un kyste consécutif à la stimulation ovarienne...

Comme cela lui est arrivé après moi, elle était un peu déçue de son centre, grosse “usine” assez impersonnelle. Alors que le mien était minuscule et que j’étais leur première donneuse spontanée (sans connaître quelqu’un dans la démarche)*, ils m’ont vraiment choyé.

 

(…)

 

Si vous voulez que je détaille un peu plus la procédure,

dites-moi. J’espère en tout cas avoir pu être utile...

C’est difficile de vouloir faire mais se sentir bridée.

 

* E. fait référence au système de don croisé anonyme ou "parrainage".

De moi à E. :

 

 

 

Rebonjour, 

 

 

Oui, en effet, les contraintes sont assez importantes...

Mais c’est surtout les risques encourus qui m’inquiètent, à lire votre témoignage et ce que vous me racontez sur votre amie qui a dû se faire retirer un kyste, moi qui apparemment n’est pas vraiment fertile, j’ai peur d’y laisser des plumes.

 

En visitant le site dondovocyte.fr*, il y a peu de choses à propos des risques encourus, subir une stimulation ovarienne n’est pourtant pas rien. Et d’ailleurs, comment cela se passe techniquement ? Est-ce la même procédure de stimulation que pour une femme qui souhaite faire une FIV ? Les doses injectées varient-elles d’une femme à l’autres? J’avoue être curieuse du processus, pourriez-vous m’en dire un peu plus de manière détaillée ? À part votre amie, connaissez-vous d’autres femmes qui ont fait un don et chez qui ça s’est bien passé ?

 

Comme vous dites, on a envie de participer, c’est un projet très personnel, pour soi et pour d’autre - j’ai moi même des cas d’infertilité dans ma famille - et on se sent frustrée de se voir mettre des bâtons dans les roues. Quelque part, c'est aussi une manière de dire aux femmes,

 

non, que vous le vouliez ou non, 

vous ne faites pas ce que voulez avec votre corps.

Tout cela m’interroge...

 

Bonne journée à vous et merci encore pour toutes ces informations.

* En 2018, le site dondovocytes.fr a été profondément modifié.

Elle me répond dans l'instant.

De E. à moi:

 

 

 

Les risques sont réels, celui de kyste est le plus important mais sans conséquence la plupart du temps : le corps recevant une grosse dose d’hormones de synthèse, on ne peut prévoir comment il va se comporter à l’avance. C’est effectivement la première partie de la FIV.

Cependant, dès le début de la stimulation ovarienne à proprement parler, l’avancement et la bonne réaction est contrôlée toutes les 48h par échographie et dosage sanguin puis les doses sont ajustées par le médecin en fonction des résultats.

Le deuxième risque est l’hyperstimulation, qui concerne apparemment maximum 10% des cas, à des degrés divers là aussi. Moi j’ai eu une forme assez grave mais sans conséquence au final. L’avantage c’est que le suivi est très précis et donc les médecins peuvent réagir rapidement.

En pratique, la stimulation c’est une voire deux piqûres par jour d’hormones. Et une fois la phase active lancée, contrôle toutes les 48h. La date de la ponction est difficile à connaître à l’avance, c’est en fonction de l’évolution... propre à chaque femme. Toute cette partie blocage ovarien, piqûre, stimulation active (10-15 jours maxi) et ponction dure environ un mois. Une donnée à prendre en compte aussi : la prise de poids. Variable là aussi, chez moi elle a été peu importante mais il est resté un peu de gras ventral. Pour certaines ce n’est pas anodin.

Ce don est vraiment inégalitaire pour les femmes je trouve : c’est tellement simple de faire un don de sperme et ça peut passer inaperçu sans problème!* Les cecos ne sont par ailleurs pas toujours partout, souvent en province dans les chef-lieux de région. Si on n’y est pas, prévoir la route. Tout ceci représente un gros investissement au niveau du temps, à concilier avec la vie pro et perso.

Mon amie a fait son don en France aussi, le kyste l’avait un peu refroidie mais elle a voulu aller jusqu’au bout et elle n’a eu aucun souci ensuite. Mais comme moi, elle l’a fait une fois et ne le refera pas à cause des risques rencontrés. Plusieurs connaissances m’ont fait part de leur envie de donner mais aucune n’a été au bout de la démarche pour l’instant (et pourtant mon don remonte à 3 ans).

Voilà qui illustre je crois la complexité du don d’ovocytes!

* Les garçons, votre avis sur la question?

Pour faire un don d'ovocytes,

il faut savoir

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Partie 2

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